Point de vue

 

 

      Sous d’autres cieux, des médias ont quelques fois recours  aux annonces accroches tel que les sondages d’opinion ou les scoop, pour appâter leurs lecteurs dans le but d’augmenter leur audience et au-delà, leurs recettes.

      Sous notre ciel, à défaut d’avoir à user de ce stratagème, certains journalistes, pour accéder aux largesses de quelques annonceurs potentiels, s’acharnent à livrer aux lecteurs, des articles rédigées « sur les genoux », au mépris  d’en maîtriser le sujet et au risque de bafouer les principes du respect de l’intégrité et de  la vérité des choses.

Ils n’hésitent point à nous agrémenter la présentation d’un fait ou d’un événement un jour, et soutenir l’argumentaire contraire un autre jour.

      C’est le cas d’un hebdomadaire Casablancais qui vient de réaliser que l’Aéroport Ben Slimane inauguré depuis bientôt deux années par Sa Majesté le roi est « enfin opérationnel ».

Dans une rédaction de circonstance, l’auteur nous apprend que cet aéroport, dont l’opportunité et l’aménagement ont suscité de nombreuses réactions, a enregistré au courant de l’année écoulée un trafic de 12 000 mouvements d’avions et 8000 passagers.

    En fait, en termes  de mouvements, il s’agirait des vols de formation d’élèves pilotes et des « touch & go » que les stagiaires déplacés de l’aéroport de Casa Anfa et les aéroclubs de la région pratiquent à longueur de journée sur cette nouvelle plateforme; ces stagiaires ont-ils compté pour des passagers ? Il y a là de fortes chances.

 

En réalité, l’aéroport est très loin d’être en mesure de réaliser les performances avancées par les promoteurs du projet tel que rapportées non sans adjuvent médiatique par les dits journaux.

      N’ont-ils pas annoncés que les investissements engagés permettront à l’aéroport Ben Slimane d’accueillir dès la première année 300.000 passagers commerciaux avec la possibilité de porter sa capacité à 5 millions de passagers.

      N’ont-ils pas reproduit les dépêches de la MAP, et commenter les missions des responsables en charges de la gestion de l’aéroport pour annoncer un mémorandum d’entente avec des partenaires du moyen orient en vue de la création d’un pôle dit « Hub » pour le traitement du fret aérien.

En fait, deux années après sa mise en service officielle, et après l’atterrissage inaugural du premier avion B757, il semble à l’évidence, que toutes les instances s’accordent aujourd’hui à mettre une sourdine à leur viole;il faudra revoir la copie.

Dans un autre hebdomadaire, le Ministre en charge  de l’aviation civile a pris un « challenge » pour recadrer le dossier de l’aéroport de Ben Slimane en précisant « Nous n’avons jamais eu pour objectif de consacrer l’aéroport de Benslimane au Fret.

 L’opportunité de ce site s’inscrit dans une logique de déplacement de l’activité de l’aéroport d’Anfa dans le cadre de l’aménagement de la ville de Casablanca…; par ailleurs l’aéroport de Ben slimane peut également servir de zone d’atterrissage en cas de brouillard particulièrement intense sur l’aéroport Mohammed V de Casablanca »

 

      Si la réhabilitation de la plateforme de Benslimane a pu offrir, entre autres, une possibilité pour le transfert des activités de l’aérodrome de Casa Anfa, il n’en demeure pas moins que l’optimisation des investissements y affectés doit gouverner les actions du gestionnaire, en tenant compte de l’opportunité et de la faisabilité des projections, eu égard  à l’existence, a proximité, de l’aéroport Mohammed V.

 

      Ce dernier,qui traite la moitié du trafic aérien atterrissant sur le territoire nationale , dispose de toutes les infrastructures et équipements spécifiques qui le mettent au rang des aéroports internationaux; il offre par ailleurs des possibilités de développement in situ qui lui garantissent une confortable longévité.

 

      Bien qu’ayant manqué de transformer l’essai de la  2ème piste, classée désormais parmi les réalisations à fonds perdus, l’autorité aéroportuaire vient de lancer le projet de construction d’une troisième piste, sachant que les aires de mouvements de l’aéroport Mohammed V, constituent le principal facteur de saturation à moyen termes.

 

      Sur un autre plan, après la mise en service d’une nouvelle aérogare passagers, et selon les responsables autorisés, une nouvelle aérogare fret est planifiée pour bientôt.

 

      Par ailleurs, des investissements substantiels ont été engagés en vue de doter l’aéroport d’un système d’atterrissage par mauvaise visibilité (CatIII), les travaux d’équipements complémentaires engagés depuis 2003 seraient encore en phase d’achèvement.

      C’est dire que l’autorité aéroportuaire n’hésite nullement à investir sans compter, afin de doter le premier aéroport du royaume, des moyens,  quelque fois au-delà du nécessaire, au nom de la mise à niveau et à la conformité aux  normes en vigueur.

     Sauf que, compte tenu des potentialités de l’aéroport Mohammed V et de ses possibilités de développement l’on comprend mal que l’autorité s’attache à implanter à quelques encablures de là, une plateforme qui viendrait concurrencer le premier aéroport, au lieu de chercher à le rentabiliser, d’autant plus que la vocation commerciale de l’aéroport de Benslimane est loin d’être avérée.

      Quant à la possibilité d’utiliser ce dernier, pour le déroutement du trafic aérien de Casablanca par temps d’intense  brouillard, cela relève de l’illogique et de l’imaginaire.

Pour le cas d’espèce , on ne peut concevoir un avion se dérouter d’un aéroport super équipé, en l’occurrence l’aéroport Mohammed V, vers une plateforme de catégorie inférieure, sous dimensionnée et ne disposant d’aucune aide radioélectrique ou visuelle à l’atterrissage (ILS  -Balisage Cat 2 ou 3).

 

      La copie est donc à réviser ; le ratage de la 2ème piste (120 Millions de Dh), le « tatonage » depuis trois années pour la mise au point de la Cat III (50 Millions de DH) et les déboires de la mise en place de l’unité de calibration en vol des équipements concurrent à la sécurité de la navigation aérienne qui s’est soldée par la vente de l’avion porteur des équipements (25 Millions de Dh), appellent à plus de vigilance et de mesure.

L’environnement économique, le développement du transport aérien et la situation géographique de notre pays, sont autant d’atouts stratégiques pour l’ONDA qui dispose d’une clientèle captive à la base de  ressources substantielles.

 

      Son mérite est moins celui de pavoiser avec des chiffres d’affaires à portée de main, que celui d’être au rendez vous des échéances, pour satisfaire cette clientèle au niveau de la qualité des prestations, de l’efficacité technique, de la sécurité opérationnelle, et de la rationalisation de la gestion.

La région de Casablanca Benslimane n’a nul besoin de deux aéroports internationaux dans sa périphérie ; la ville de Benslimane pour sa part, s’accommoderait bien de l’aéroport Mohammed V et privilégierait tout autre équipement économique ou social d’une autre nature.

 

      L’ONDA, qui a le privilège d’exploiter un patrimoine juteux de l’état, ne pourrait-il pas y contribuer en reversant les excédents de ses profits au trésor public, le contribuable en retrouverait de la couleur, et c’est là, la meilleure marque d’excellence.

 

 

 

                                          A.Ennaji, le 13 mars 2008