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| Art & Culture |
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Etat des lieux des salles de théâtre à Casablanca : Le Conseil de la ville pointé du doigt |
Casablanca est loin d¹être bien lotie en matière de théâtre. Avec ses cinq millions d¹habitants, elle n¹en est dotée que de deux ou trois répondant plus ou moins aux normes requises. Le reste, un vrai simulacre de lieux dédiés au quatrième art, est dans un tel état de délabrement que personne ne daigne plus s¹en approcher. Les causes de ce marasme sont nombreuses et tellement inextricables, qu'on a
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fini de caresser le rêve de les voir un jour renaître de leurs cendres. Aujourd¹hui, les promesses de redorer leur blason fusent de toutes parts. On nous brandit un plan dit Plan de développement urbain « PDU». On y croit dur comme fer. L¹espoir ne fait-il pas vivre ?
Destination Boulevard des F.A.R à Casablanca. Il est quinze heures tapante. Les lieux sombrent d¹ores et déjà dans cette inaccoutumée léthargie inhérente au mois sacré. Celle dont chavire «le théâtre» tel que l¹indique l¹enseigne, toujours accrochée sur la porte d¹entrée comme pour se remémorer à jamais de sa gloire d¹antan, n¹est pas éphémère. Hermétiquement barricadé, cette morose construction mitoyenne à la librairie communale, elle-même ne pouvant se targuer d¹une activité florissante, est réduite à un vulgaire bâtiment abandonné, extirpant un soupir de désappointement et exacerbant la nostalgie de ceux qui l¹ont connue autrefois. Si, du moins extérieurement, cet édifice a par miracle échappé au délabrement, ce redoutable ennemi qu¹est l¹oubli ne l¹a, hélas !, pas épargné. Pourtant, il est bien évident que sa rénovation ne relèverait pas d¹une gageure si seulement on daignait y jeter un regard. «On a beau se creuser les méninges, l¹on ne comprendra jamais pourquoi les autorités compétentes n¹ont cure de tout ce qui touche à l¹épanouissement intellectuel», déplore Mohamed, lauréat de l¹ISADAC, pour qui la promotion de la culture passe inéluctablement par la revalorisation du théâtre.
A quelques mètres de là, s¹érige le complexe culturel «Sidi Belyout». Le décor change complètement, l¹ambiance aussi. Mais ce tohu-bohu et cet incessant va et vient est davantage dû aux flâneurs et autres passants se dirigeant vers la CTM se trouvant juste en face qu¹à l¹activité au sein du complexe, qui ne reprendra du poil de la bête que le soir.
Selon toute apparence, l¹allure des bâtis augure d¹un état qui apaise, un tant soit peu, les craintes ancrées par le premier théâtre visité. Des affiches par ci et par là annoncent des spectacles présentés ou à voir. Le personnel vaque à sa mission d¹organiser et faire fonctionner ce lieu pas comme les autres. Dans la salle du théâtre, à cette heure vide sauf de techniciens qui s¹activent pour régler les derniers détails avant les représentations du soir, la visite s¹achève sur une note plutôt décevante.
Défaillances techniques
D¹emblée, la couleur est affichée. Bien placés pour connaître les conditions techniques de la salle, les techniciens nous en parlent avec un air dépité. «Les chaises commençaient à se dégarnir pour la plupart et perdaient leurs housses». On a, Dieu soit loué, finalement pensé à remédier à cette faille quoi qu¹il y en ait encore quelques-unes qui attendent toujours leur tour. Ce n¹est pas bien grave, dirait-on. Soit. Mais il y a pire. «Les toilettes ainsi que les entrées de certaines salles sont dans un état de dégradation intenable», note Hassan Nafali, secrétaire général du Syndicat national des professionnels du théâtre.
Si l¹Etat des salles constitue l¹un des problèmes majeurs qui taraude les professionnels, un autre souci non des moindres les titille. Celui de l¹entretien. «Le matériel a été acquis il y a une quinzaine d¹années. Il n¹a jamais été renouvelé», nous confient les techniciens. Il est vrai qu¹on se débrouille à s¹occuper de l¹entretien et de la maintenance, mais jusqu¹à quand ? se demandent-ils. «L¹éclairage, la sonorisationS tout laisse à désirer. Il faut toujours se dépatouiller à repriser. Mais le dépannage ne peut pas toujours garantir un bon résultat». Et de renchérir, pointant un pied de micro qu¹ils s¹efforçaient à bricoler pour servir lors de la soirée qui devait avoir lieu ce soir là : «Il y a des fois où le bricolage ne marche pas. Alors les artistes sont amenés à louer le matériel pour travailler». Et d¹ajouter : «On a beau signalé sa dégradation à plusieurs occasions, mais en vain».
Cette situation navrante n¹est pas sans conséquences sur la qualité de la présentation théâtrale. Et pour cause, conclut Nafali, l¹air navré, «moult troupes sont contraintes de louer le matériel pour se produire dans les salles. D¹autres, faute de moyens, se résignent à le faire avec les moyens de bord. Une solution qui n¹est pas sans déteindre sur la production artistique... Quand on construit une salle de théâtre, il faut prendre en considération la mise en place des installations techniques nécessaires pour toute activité culturelle, notamment l¹éclairage et la sonorisation. Ces dernières requièrent un plan de maintenance rigoureux. Un budget d¹entretien s¹avère donc impératif pour en préserver l¹usage. Et c¹est justement là où le bât blesse. Les salles de théâtre à Casablanca en manquent gravement».
De ce fait, cet état des lieux n¹est pas sans nuire à la relance du théâtre. «Pourtant, le public aime sortir pour se divertir et assister à des spectacles de tout genre». Le hic, ajoutent les techniciens, en concert, «c¹est qu¹il y a des spectacles qui font salle comble, au détriment d¹autres qui passent inaperçus. La raison en est qu¹ils ne bénéficient pas toujours d¹une bonne promotion pour attirer le public ».
Cela dit, tel que le confirme Seghir Meskini, directeur du théâtre de Hay Mohammadi, «les seuls lieux dédiés à la culture et au théâtre qu¹on peut qualifier de décents sont les complexes culturels de Moulay Rchid, de Sidi Belyout et le Théâtre Mohammed VI des Roches Noires. Là encore, hormis ce dernier doté de tous les équipements nécessaires, les deux autres ne répondent pas aux normes requises, faute d¹entretien et de suivi, et ne peuvent de surcroît à eux seuls satisfaire les besoins de toute la ville. Les autres sont dans un état piteux. Ce sont des complexes initialement dédiés à couvrir les réunions des communes urbaines et qui, faut-il le dire, ne sont même pas aptes à abriter des conférences dans de bonnes conditions techniques. Néanmoins, l¹exemple le plus criant demeure celui du complexe culturel de Aïn Sebaâ qui manque du strict minium et qui, pis encore, pue. Il est, de ce fait, inconcevable qu¹il y ait si peu de salles dans une ville aussi grande que Casablanca» s¹écrie Meskini Sghir, qui affirme que l¹inaccessibilité est à craindre. Et lui d¹éclaircir : «Les communes n¹achètent pas les représentations car elles ne disposent pas de budget. Elles ne disposent pas non plus de stratégies d¹encouragement des troupes. Ces dernières touchent la bagatelle de 500 à 1000 dirhams pour la représentation. Juste de quoi s¹acheter une corde pour se pendre», dit il avec un ton sarcastique. Seghir Meskini clôt ce chapitre en décrivant Casablanca comme une ville terne et morne où les activités culturelles, toutes catégories confondues, battent de l¹aile et n¹omet pas de faire allusion aux médias qui, à leur tour, marginalisent gravement le théâtre. Ce qui ajoute à la crise».
Absence de vision culturelle au Conseil de la ville
Toutefois, les moyens financiers ne sont pas les seuls mis en cause, dans cette affaire. S¹y ajoute, également la défaillance liée à la gestion des biens culturels. D¹après Nafali, «la plupart des salles sont gérées par des fonctionnaires des communes. Une situation intolérable car ces administrateurs manquent complètement de professionnalisme et de culture en théâtre. Tandis que la ville regorge d¹artistes et d¹intellectuels qui détiennent des projets et une vision professionnelle de la gestion des lieux culturels. Outre les moyens techniques et budgétaires, l¹animation culturelle dans la métropole connaît la grisaille. Cela est dû au manque de subvention allouée à ce secteur. Dans les années 80-90, le complexe Sidi Belyout disposait d¹un budget annuel d¹un milliard et 600 mille dirhams. Ce n¹est plus le cas aujourd¹hui. Aucune salle de théâtre ou complexe culturel ne dispose d¹un budget propre», nous dit-il, choqué. Et de s¹interroger : «Comment est-il possible de fonctionner sans budget ?»
Cet état des lieux indigne aussi les artistes. En témoigne la comédienne Touria Alaoui qui tire la sonnette d¹alarme. «En ne palliant pas cette défaillance, on encourt le risque de dégoûter les dramaturges, les artistes, les hommes de théâtre et la création elle-même. Une population qui se désintéresse du théâtre devient inculte et par la force des choses infertile sur le plan de l¹imagination et de la connaissance, mais aussi freinée par le manque de savoir, d¹épanouissement et d¹ouverture d¹esprit.»
Il en ressort que cette agonie culturelle est due à l¹absence d¹une politique culturelle propre à la ville. Selon le secrétaire général du syndicat, «le conseil de la ville ne dispose malheureusement pas d¹une vision. Il préfère dépenser des millions de dirhams pour un festival au lieu de réfléchir à mettre en place un programme d¹animation culturelle qui s¹étend sur toute l¹année et qui profite aux Casablancais». Même son de cloche chez les techniciens de Sidi Belyout qui confirment que «la situation était meilleure du temps où les communes s¹occupaient des budgets. Aujourd¹hui que le Conseil de la ville est chargé de la gestion du budget culturel et qu¹on est harcelé par le tapage médiatique autour de la gestion de la chose locale, les déficiences s¹aggravent».
Face à ces innombrables lacunes, Nafali insiste sur la nécessité d¹un meilleur usage du budget alloué par le Conseil de la ville à la promotion culturelle et la restauration des théâtres.
Avec le nouveau plan qui prévoit la mise à niveau des infrastructures culturelles, un brin d¹espoir renaît chez les professionnels. Ce plan augure en effet d¹un avenir meilleur pour les artistes en particulier et la culture en général. Pourvu que l¹insouciance et l¹indifférence actuelles soient à jamais battues en brèche.
Reportage réalisé par S.A, S.Y et B.A
Mise à niveau des infrastructures culturelles de la ville
Le coût global du programme de la mise à niveau des infrastructures culturelles de Casablanca est de près de 820 millions de dirhams, dont 30 millions sont destinés à la réhabilitation de la bibliothèque multimédias et du centre d¹artisanat de la Mosquée Hassan II.
Quelque 110 millions de dirhams sont en outre affectés à la réfection et à la restauration de plusieurs théâtres et bibliothèques de la ville, alors que 7 millions de dirhams iront à la restauration du conservatoire, 5 millions au projet visant à augmenter la capacité d¹accueil de l¹école des Beaux-arts et 2 millions au réaménagement de la bibliothèque de Sidi Maârouf.
D¹autre part, 16 millions de dirhams seront destinés à la construction de complexes culturels à Sidi Maârouf, Sidi Barnoussi et Hay Hassani, 250 millions de dirhams à la réalisation du grand théâtre de Casablanca, 200 millions à la réhabilitation de l¹ancienne médina et du centre ville, 40 millions à l¹aménagement du quartier Habous et des installations à caractère culturel et 94 millions de dirhams à l¹aménagement du littoral au niveau d¹Anfa, Sidi Abderrahmane, Aïn Sbaâ et Paseo.
Ces projets s¹inscrivent dans le cadre des efforts visant à enclencher une nouvelle dynamique dans la capitale économique à travers l¹intensification des actions pour l¹édification d¹institutions culturelles devant accompagner la croissance économique de la ville. Le but étant de faire connaître davantage les multiples facettes du patrimoine de la métropole.
AL Bayane
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