Préhistoire et Archéologie du nord de l'Afrique : Sahara, Sahel, Afrique du Nord

Lettre d'Information bibliographique

 

 

n° 30 décembre 2009

 

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Editorial

J'aimerais revenir sur une de mes obsessions : l'étude de l'art rupestre saharien – dont je ne suis pas un spécialiste. Je fais parfois un rêve : qu'un chercheur ou, plus vraisemblablement, une équipe, se décide à faire un état des connaissances sur l'art rupestre saharien en 2010, un bon siècle après les premières prospections, tout en faisant progresser la liaison, pour l'instant bien timide, entre archéologie et rupestres…
Le problème est complexe : d'une part, il est encore à peu près impossible de dater directement les rupestres – bien que des avancées soient attendues pour bientôt. D'autre part, l'étude de l'art rupestre étant très souvent dévolu à des "amateurs éclairés" qui ne peuvent se permettre de pratiquer sans autorisation des recherches archéologiques – et à plus forte raison des fouilles – liées aux sites rupestres, les connaissances archéologiques restent largement déconnectées de l'art rupestre. Autrement dit, les graveurs et les peintres sont fort mal datés et, le plus souvent, mal intégrés aux cultures néolithiques régionales.
Mais il y a pire : si la littérature concernant l'art rupestre saharien est énorme en volume, elle est surtout complètement éparpillée, malgré les efforts de quelques spécialistes conscients de la nécessité de synthétiser ; la cartographie est médiocre, ou absente (cf. sur le Djado, où de reamarquables prospections ont eu lieu, sans qu'aucune carte n'ait été fournie…) ; la toponymie incohérente ; les méthodes de recension variées à l'infini, chacun privilégiant ce qui lui a le plus "tapé dans l'œil" – belles images, thème précis ou période particulière ; les bases documentaires sont discrètes, ou parfois très privées…
On constate finalement que peu d'efforts sont faits (… sont publiés) pour offrir une vision générale de l'art rupestre saharien à ceux, préhistoriens ou non, qui en ont besoin, ou, simplement, sont intéressés. Peut-être n'ose-t-on plus, depuis les grandes synthèses des années 1950/80, de Lhote à Muzzolini ? Mais il va tout de même falloir s'y mettre, et dépasser les publications anecdotiques et les interrogations sans vraies réponses (cf. Hallier U. et B., 2010, dans la dernière Lettre de l'AARS, à propos des Têtes Rondes).
Pour cela, c'est d'un programme structuré, académique sans doute, dont l'art rupestre saharien a besoin : bases de données, cartographie,chronologie, thématiques culturelles et régionales…
Car, de l'extérieur – c'est mon cas – l'art rupestre saharien apparaît certes comme un immense champ d'investigations, mais d'une complète confusion, faute d'un projet qui permettrait de construire une image cohérente du sujet pour le début du XXIe siècle.


R. VERNET

 

 

Tortues gravées

 

Civrac M.A., Desnos P., Giannelli G., Honoré N., Lachaud G et S.,
Maestrucci F., Sauthier Delabre F., Vaison C.N. :

Diversité de l’art rupestre
dans la région d’Iharhaien (Tassili Nord) :  37-80

Cahiers de l'AAARS, 13, 2009

 

pages 54 & 55