LA DECENTRALISATION ET LA MISE EN ŒUVRE DE
STRATEGIES PARTICIPATIVES DE DEVELOPPEMENT RURAL AU MAROC
Ingénieur en Chef, agro-économiste
Expert international en développement rural et sécurité alimentaire
4 décembre
2002
Les
avances de la démocratie et la généralisation dans tous les pays en voie de
développement de politiques de stabilisation macro-économique et d'ajustement
structurel, ont mis à l'ordre du jour un retrait massif de l'Etat, qui prend
trois formes principales: privatisation, dérégulation et décentralisation.
La
décentralisation est perçue comme le moyen adéquat pour déployer toutes les
potentialités de développement en étroite relation avec le renforcement de la
démocratie en tant que système d'expression des intérêts, des conflits et de
médiation. C'est de cette manière que le passage d'une logique de l'offre vers
une logique de la demande peut se faire. i) sous l'impulsion des bénéficiaires
des politiques, ii) sans que la décentralisation produise de vides et iii) en
construisant une stratégie globale, cohérente, participative et porteuse d'une
logique incluant la spécialisation productive, la modernisation technologique
et la création d'avantages comparatifs dynamiques, et qui ne joue pas seulement
au profit des acteurs les plus forts et les mieux organisés. Cela signifie que
la décentralisation doit proposer donc
la création d'une nouvelle alliance pour le développement rural durable,
viable et participatif, dans lequel les populations rurales participent
pleinement à l'extension des marchés ruraux, de l'épargne et de
l'investissement, trois facteurs-clés dans tout processus de développement
rural.
Le
Maroc à l'image des pays en voie de développement a opté pour une politique de
décentralisation, mais il n'a pas défini les stratégies et les outils
participatifs ni les modalités de leur mise en œuvre. Les défaillances en la
matière sont multiples.
Certes,
la définition d'une approche participative ne s'apprête à aucune ambiguïté et
tout le monde s'accorde sur l'universalité de la notion. Mais la mise en œuvre
de l'approche elle-même laisse apparaître une multitude de réactions naissant
particulièrement du comportement humain qui est de nature imprévisible et
résultante de conditions sociologiques, géographiques, historiques,
religieuses, démocratiques, etc. couvrant l'espace de développement rural. De
ce fait, la notion de l'approche participative couvre plusieurs formes et ne
peut, par conséquent, être transposée à une échelle large et inversement sans
subir au préalable une adaptation nécessaire pour sa fonctionnalité.
Depuis
que le Maroc a opté pour la décentralisation, des projets dits
"participatifs" de développement rural ont été initiés dans des
conditions caractérisées par l'improvisation et le manque de perspectives
prédéfinies
En
effet, jusqu'à présent le Maroc ne dispose pas de stratégies et d'outils de
participation répondant aux conditions de réussite de la décentralisation du développement
rural.
Les
défaillances en la matière sont multiples.
Si
le principe de l'approche participative est acquis pour le développement rural
durable, l'approche en tant que telle n'a pas de définition subtile, car, la
participation c'est l'art de faire qui varie dans le temps et dans l'espace en
fonction des thèmes abordés et des composantes intégrantes de l'espace
géographique concerné avec ses pesanteurs historiques, géographiques, politiques,
sociologiques, etc. De ce fait, une connaissance parfaite du milieu où aura
lieu la mise en œuvre du principe de l'approche participative est un préalable
à tout projet de développement rural.
En
conséquence, l'approche participative est une succession de pratiques dictées
par des impératifs temporels spécifiques et définies à travers un vécu réels
sur le terrain. C'est une approche de concertation, d'ajustement continu et de
compromis contractuels qui accompagne une action de développement rural depuis
la gestation de l'idée de base, et qui entre dans les mœurs des populations
bien au-delà d'une première tentative.
En
d'autres termes, l'approche participative n'est pas une discipline avec des
bases stables qu'on acquiert à travers une formation scolaire classique. Au
contraire l'approche participative est un principe basé sur des intentions de
départ relatives à un certain art de faire avec les populations qui prendra
forme à mesure de l'avancement du travail sur le terrain. Et ce n'est qu'à la
fin du processus de réalisation qu'on peut décrire l'expérience accumulée suite
à la mise en œuvre de chaque projet de développement rural.
Face
au manque de stratégies modulables de participation, l'Etat au travers ses
administrations laisse le champ libre au développement des attitudes et
comportements qui vont à l'encontre des principes de la participation et qui à
coup sur vont nuire à la mise en œuvre de l'approche.
II
Méconnaissance de l'histoire de la participation au Maroc.
II.1- Pays de la cohésion
sociale et la solidarité familiale.
Comme dans
l'ensemble de l'Afrique du nord, l'organisation sociale traditionnelle du Maroc
reposait sur le principe du lien de sang : les groupements humains réunissaient
les personnes qui se réclamaient d'une parenté commune. L'unité de base de
cette structure sociale est la famille qui réunissait sous un même toit, trois
à quatre générations dont la cohésion était assurée par le sentiment
d'appartenance à une même lignée et par le travail de l'ensemble des membres au
sein d'une même exploitation agricole.
La cohésion
sociale des groupements ethniques résultait de la nécessité dans laquelle se
trouvaient ces groupements de faire face aux conflits tribaux et de se
solidariser pour assurer leur continuité et leur subsistance, préserver leur
intérêt au sein du groupe et protéger leur patrimoine foncier contre toute
dégradation et empiétement opérés par des tribus voisines.
Cette cohésion a
été renforcée par la mise en place de structures ayant pour finalité d'assurer
la préservation du patrimoine des collectivités ethniques contre toute forme de
dilapidation. Cependant, durant ces dernières années, cette cohésion ne cesse
de s'effriter et de diminuer d'importance, et ce pour des raisons de natures
diverses.
Dans le passé,
la terre principal facteur de production était disponible et suffisait à tous
les membres du groupe, il n'y avait donc pas de tension au sein de la famille
ni le groupe ethnique pour l'accès à la terre. Cette situation a changé avec la
pression démographique et la rareté relative de la terre. C'est ainsi que des
conflits apparaissent au sein de la même famille.
Le développement
de réaction individuelle de défense des intérêts a eu comme corollaire la
dislocation de la cohésion tribale et familiale.
Un autre
phénomène a joué en défaveur de la cohésion sociale, il s'agit de l'insertion
des populations rurales dans une économie de marché caractérisée par la
recherche l'intensification des processus de production à laquelle
l'agriculture paysanne ne peut plus répondre.
II.2
Pays de la participation
Parmi les traits
saillants de la société marocaine, l'accent peut être mis surtout sur le
soutien mutuel entre les membres des groupements ethniques. L'entraide
constituant pour les tribus un moyen de subsister et de durer s'exerçait dans
différents domaines qu'ils soient d'ordre social ou économique.
Sur le plan
économique, certaines formes de participation peuvent être citées, notamment :
La "Touiza"
: Cette opération qui consiste à fournir à titre gratuit, à une personne en
difficulté une aide matérielle et physique par les membres du groupement
ethnique, est liée surtout à l'activité agricole. Ainsi au moment des semailles
ou à la récolte, les membres d'une collectivité mobilisent leur matériel et leur
force de travail pour venir en aide à une personne qui ne peut, à elle seule,
réaliser les travaux agricoles.
L'ouziâa"
: c'est une opération qui consiste en la vente d'un animal (bovin, ovin,
caprin….) par un membre de la collectivité à un groupe de personnes de la même
collectivité. L'animal, abattu, est partagé entre eux. L'opération, d'une part évite à une personne
en difficulté matérielle de vendre au souk à un prix bas son animal et permet,
d'autre part, aux autres membres de se procurer de la viande à un prix
raisonnable sans devoir aller au souk hebdomadaire.
Sur le plan
social, il y a plusieurs formes de solidarité populaire, notamment :
L'édification et l'entretien d'une
mosquée : pour l'édification d'une mosquée, les membres de la collectivité
participent au financement selon les moyens de chacun d'eux. L'entretien de ces
mosquées est également assuré par les membres de la collectivité, une
cotisation annuelle est collectée à cette fin.
Construction de voie pour
désenclaver le douar : pour desservir le douar et le relier à une route
principale, les habitants du douar mobilisent leur force de travail à titre
gratuit pour réaliser cet accès.
Le forage de puits : pour assurer
l'alimentation de la population et du cheptel en eau potable, les membres de la
collectivité par leur propre moyen creusent des puits.
La participation en cas de
cérémonie : à l'occasion d'une fête ou d'un décès, les membres de la
collectivité participent au financement de la cérémonie soit en espèces, soit
en offrant des produits agricoles.
Avec la
monétarisation du milieu rural, l'individualisation et la primauté de l'intérêt
personnel, certaines de ces pratiques, notamment la "touiza"
et "l'ouziâa", ont régressé et l'on observe
rarement la mobilisation de moyens physiques ou matériels des populations
rurales pour réaliser des projets à caractère social.
II.3
Pays où la participation traditionnelle s'amenuise
La participation
populaire sous sa forme traditionnelle a été presque réduite à néant sous le
poids exercé par les structures de l'Etat centralisé moderne
"makhzen" pour des considérations purement sécuritaires. Ces
dernières années, les pouvoirs publics, conscients du rôle que joue l'homme
dans toute stratégie de développement rural, et dans le cadre de la démocratisation
et du développement régional, ont commencé à accorder un intérêt à la
réactivation de la participation des populations rural par l'institution tant
au niveau national que régional et local de structures dans lesquelles les
populations concernées sont représentées. On peut citer : i) le Conseil
Supérieur du Plan et de la Promotion Nationale qui regroupe des représentants
de la population et de l'administration ; ii) la Fédération des Chambres
d'Agriculture qui devra en principe constituer un interlocuteur incontournable
pour le développement rural ; iii) les Organisations Professionnelles et
Syndicales qui devraient constituer un relais efficace entre l'administration
et les agriculteurs en matière de développement agricole ; iv) les Associations
de producteurs constituent également un instrument de développement et
d'assistance technique complémentaire à l'intervention de l'administration dans
le milieu rural ; v) les Assemblées Régionales Consultatives qui devraient
donnent leur avis sur les projets de développement à réaliser dans les régions
économiques ; vi) les Assemblées Provinciales et Préfectorales qui devraient
suivre le développement économique dans les différents secteurs intéressant le
milieu rural et urbain ; vii) les Chambres d'Agriculture qui devraient formuler
des projets de développement agricole et participer à leurs réalisations ;
viii) les Communes Rurales sont ; et ix) les commissions locales de mise en
valeur agricole ; etc.
Le fait saillant et que la
participation des populations rurales tant décriée par les pouvoirs publics n'a
pour but évident que la recherche par l'Etat à se libérer de ses obligations de
développement rural sans toutefois que ce retrait soit accompagné par une
cession des moyens humains et physiques nécessaires aux populations concernées.
III
Absence de stratégies participatives de développement rural
III.1 Environnement politique
hostile à la mise en œuvre de stratégies participatives
Les enseignements à tirer des expériences passées montrent
que l'action du Maroc matière d'approches participatives du développement rural
présente un bilan particulièrement négatif et a prouvé que le manque de
stratégies et des outils participatifs ne peut aboutir qu'à des résultats décevants
en la matière.
Il
ressort du bilan de l'action de l'approche participative dans des projets de
développement rural que les conditions requises et nécessaires pour assurer la
réussite et la pérennité des projets participatifs n'étaient pas réunies :
le cadre de
politique générale et les institutions n'étaient pas ouverts à une prise de
décision décentralisée ;
les populations
ne sont pas en mesure de constater que leur participation leur rapporte des
avantages économiques et/ou sociaux permanents ;
absence de
formation spécifique et d'autres formes d'appui au renforcement des capacités
institutionnelles ;
la mise en œuvre
des approches participatives n'a pas abordé la question du renforcement des
capacités des institutions et organisations participatives. L'Etat n'a pas
fourni les ressources supplémentaires, en temps et en argent, nécessaires pour
couvrir les coûts récurrents associés aux projets participatifs.
La
raison de ce bilan négatif en est essentiellement le manque de méthode et
outils de mise en œuvre des approches participatives de développement rural qui
répondent à ces conditions de réussite. Ceci est d'autant plus vrai que la
tendance à la réduction des effectifs dans la fonction publique, les carences
de services qui en résultent, sans toutefois que cette réduction soit comblée
par des recrutements à l'échelle des organisations locales, la participation
très limitée de la société civile et le manque flagrant de moyens adéquats de
communication ont eu également une incidence négative sur l'utilité et la
rentabilité des outils participatifs proposés.
On
peut donc déduire de ce qui précède que les principaux domaines où le travail
devra être orienté sont:
l'évaluation des
coûts et avantages globaux des différentes approches en matière de
développement participatif ;
la définition des
espaces géographiques prioritaires où les approches participatives sont les
plus indiquées pour régler les problèmes de développement rural, en particulier
lorsque les services ou les biens publics doivent être fournis par des
organisations non étatiques ou des groupements d'agriculteurs ;
la définition de
modalités d'utilisation des méthodes participatives, dans un premier temps, à
une échelle très réduite, pour un coût acceptable, en accordant une attention particulière
aux contextes institutionnels décentralisés; et l'instauration d'un cadre de
politique générale favorable aux approches participatives, notamment aux
échelons provincial. régional et national.
III.2
Absence de perspectives intégrées
A
travers les études de cas des projets pour la participation populaire au
développement rural on constate le manque flagrant de perspectives intégrées
qui peuvent permettre à l'Etat et aux populations de se l'approprier. Aucune
ressource budgétaire n'a été officiellement affectée à sa mise en oeuvre. La leçon à en tirer semble être la suivante: plutôt
que d'essayer de mettre en œuvre une politique nationale de décentralisation
ambitieuse pour la participation, il serait plus efficace d'exploiter et de renforcer
l'intérêt et la dynamique manifestés par les différents partenaires de
développement rural et de favoriser l'élaboration d'une approche stratégique
pour l'application des méthodes participatives au sein de quelques zones
agro-écologiques du Maroc avant l'extension de l'expérience à l'échelle
nationale. En outre, l'intérêt de ces méthodes participatives mériterait d'être
souligné et spécifiquement reconnu dans les différentes stratégies horizontales
décrites dans le cadre stratégique de la politique rurale nationale.
III.3
Inefficacité de la décentralisation large et rapide
La
Maroc a opté pour une plus grande décentralisation et un désengagement de
l'Etat, mais il n'a pas adopté avec la même attitude pour la mise en place de
politiques plus favorables aux approches participatives. Dans une telle
situation, l'insuffisance des connaissances et des compétences des institutions
étatiques associées aux projets participatifs ont limité la capacité de l'Etat
à mettre en œuvre des approches participatives. Ces connaissances et ces
compétences semblent être indispensables dans trois domaines généraux :
les ruraux
doivent acquérir des aptitudes importantes en matière de résolution collective
de problèmes et de développement des groupements pour avoir accès à des
services de niveau supérieur ;
les agents de
terrain ont besoin de méthodes participatives pour associer les parties
prenantes à la prise de décision ;
et les cadres
moyens et supérieurs ont besoin de principes et de pratiques de gestion afin de
pouvoir intégrer les besoins et les aspirations des différentes parties
prenantes dans les plans, programmes et activités de leur institution.
La
plupart des projets se sont jusqu'à présent concentrés uniquement sur la
formation de quelques agents sans but précis.
III.4
Analyse très limitée des avantages de l'approche participative
a-
Absence de visibilité dans les projets participatifs
Les
projets participatifs sont plus complexes et exigent plus de temps que ceux qui
ne favorisent pas activement la participation des populations. De par sa
nature, une plus grande participation allonge les délais pour la prise de
décisions. Le processus de décision collectif est souvent complexe et
difficile.
Dans
bien des situations, travailler en faveur de la participation est faire œuvre
de pionnier. De nouvelles compétences doivent habituellement être acquises soit
dans les institutions qui entreprennent le travail participatif, soit dans les
communautés elles-mêmes, soit dans les deux. Outre l'action à l'échelon communautaire,
il faut fréquemment tenter d'établir un consensus, puisqu'il faut amener les
institutions et les décideurs à prendre conscience des avantages de la
participation.
b-
Absence d'analyses de rentabilité financière et économique de La participation
Si le
travail participatif est habituellement plus coûteux, la relation entre les
coûts et les avantages économiques et sociaux de la participation n'a jusqu'à
présent fait l'objet d'aucun travail d'analyse. De nombreux défenseurs des
programmes participatifs soutiennent que les
projets de ce type sont plus susceptibles de donner des résultats
durables et présentent à long terme un meilleur rapport coût/efficacité. Il
serait souhaitable que cette thèse s'appuie sur des données plus concluantes
que les éléments d'appréciation essentiellement anecdotiques dont on dispose
jusqu'à présent.
c-
Absence de la planification participative des projets
L'importance
de la planification, du suivi et de l'évaluation n'est plus à démontrer.
Dans
sa forme optimale, la planification participative consiste en une approche
stratégique qui permet de décider quels seront les différents intervenants à
chaque stade du projet de développement rural et le pourquoi et le comment de
leur participation. Elle devrait également comporter une analyse des besoins,
aspirations et problèmes de la communauté ainsi que des institutions
partenaires. A partir de ces données, les communautés, les équipes de projet et
les organismes gouvernementaux peuvent ensemble élaborer une stratégie
vis-à-vis de laquelle ils peuvent s'engager collectivement et qu'ils sont
capables de mener à bien.
Au
Maroc, étant donné la multiplicité des institutions gouvernementales concernées
par la question de développement rural et le manque de coordination entre
elles, ajoutés à une mauvaise planification des projets participatifs ont
abouti à des projets d'une conception excessivement complexe, à une mauvaise
exécution de l'intervention et à une certaine confusion au sein des
populations, des institutions partenaires et même de l'équipe du projet quant
aux objectifs du projet. Cela est particulièrement vrai lorsqu'un projet vise
des objectifs multiples dans plusieurs domaines techniques (cas des projets
intégrés de développement rural). Des projets plus étroitement définis sont en
général mieux compris et plus susceptibles d'atteindre leurs objectifs (cas du
projet de Frass-Tifrouine à
Al Haouz de Marrakech).
La
conception du projet constitue une phase critique pour établir les fondements
d'un projet participatif réussi. De plus en plus, on fait de l'identification
participative des contraintes de développement rural une étape nécessaire au
cours de la conception du projet et, de plus en plus les chances de réussir
l'exécution de tels projets deviennent grandes.
Il
est également prouvé que l'utilisation des outils et méthodes de communication
au service du développement facilite considérablement la participation des
populations à la conception et à l'exécution
Au
Maroc, pour des projets dits "participatifs", l'Etat continue à
décider par le biais de cadres-techniciens des projets de développement rural
au niveau central sans commun accord avec les besoins réels des populations
concernées. La partie apparente de la participation est de vouloir à tout prix
partager les coûts avec une population qui était marginalisée depuis la
conception du projet.
d-
Impacts de la participation à démontrer
On
ne dispose que de très peu de données systématiques sur l'impact de la
participation sur l'amélioration des résultats des projets, la réduction des
coûts et la pérennisation des effets d'une intervention. Le suivi-évaluation
n'a pas fait l'objet d'une attention dans les projets de développement rural
malgré leur utilité en tant qu'outils essentiels pour améliorer de façon
systématique les connaissances de l'Etat en la matière.
Lorsqu'on
demande aux gens quels sont leurs besoins, la réponse est fréquemment un niveau
de vie amélioré à court terme. Ceci doit amener à centrer les projets
participatifs sur les activités génératrices de revenus. Les projets qui ne
prennent pas suffisamment en compte l'amélioration des revenus perdent
rapidement la faveur des participants.
Plusieurs
projets de développement rural sont achevés depuis des années ou sont en cours
sans toutefois que leurs rentabilités économiques ne soient démontrées et une
amélioration perceptible des revenus des populations même à long terme ne soit
constatée.
IV Des
efforts mitigés pour accroître la capacité des ressources humaines
La
formation constitue un facteur important pour accroître la capacité des
communautés et des institutions. Outre la formation dispensée aux membres des
communautés, la formation est tout aussi importante pour les fonctionnaires de
l'Etat, y compris les décideurs et les cadres, puisque les approches
participatives représentent une nouveauté pour bon nombre de ces gens. La
formation doit porter sur un vaste éventail de thèmes.
La
règle au Maroc, c'est que les membres d'une équipe de projets participatifs de
développement rural sont recrutés en fonction de leurs "diplômes"
compétences techniques dans un domaine spécifique, mais qui ne sont pas formés
(expériences de terrain) aux techniques qui leur permettront d'amener les
populations à participer à la conception et à la mise en oeuvre
d'activités à la gestion des projets et à la constitution de réseaux.
Souvent,
la confusion existe entre une formation académique de base couronnée par
l'obtention de diplômes et les exigences professionnelles pour la mise en œuvre
des projets participatifs qui sont acquis par le cumul d'expériences réussies
sur le terrain.
Par
ailleurs, la mise en oeuvre des programmes de
formation exige du matériel de formation et des stratégies. La formation peut atteindre
une efficacité maximale lorsque :
elle sensibilise
à la nécessité de changer d'attitude ;
elle apporte les
renseignements et les compétences dont les gens auront besoin pour changer de
comportement ;
elle se concentre
sur l'application des compétences nouvellement acquises sur le terrain ;
elle est
appliquée le plus tôt possible par les stagiaires: et elle s'appuie sur des
instruments de communication au service du développement appropriés.
Certains
thèmes de formation spécifiques doivent encore être abordés en priorité,
notamment le volet d'analyse économique de l'élaboration et de la gestion des
projets communautaires, la gestion participative des projets, la gestion des
groupes ainsi que les méthodes de conception et de mise en oeuvre
de la formation participative.
V-
Focalisation des impacts sur la seule participation financière des populations
Malheureusement, les expériences de terrain montrent
clairement l'écart qui existe entre le discours et la mise en œuvre des
stratégies de participation au développement rural. Souvent, si ce n'est la
règle, l'attention des pouvoirs publics est focalisée sur la participation
financière des populations même dans les zones pauvres.
Partant de notre expérience, il convient de confirmer
les vérités suivantes :
le développement rural revêt un caractère stratégique pour le
développement économique et social général du Maroc. De ce fait, le financement
du développement rural ne doit pas être vu seulement sous l'angle de la
rentabilité financière ni des contraintes budgétaires strictes. Le
développement général n'a pas de prix et il se trouve que le développement
rural est la priorité ;
le secteur irrigué continue de bénéficier de la générosité de l'Etat et
le secteur bour a subi depuis toujours la
marginalisation et la négligence malgré le rôle déterminant qui lui est reconnu
pour l'amorce du développement rural ;
les populations
des zones bour et surtout des zones de piémont et de
montagnes constituent des pôles de pauvreté. Dans le milieu rural la notion de
pauvreté prend toute sa dimension : si dans la ville la pauvreté et le pouvoir
d'achat interfèrent car il y a une disponibilité de produit mais seulement les
moyens font défaut, en revanche dans la campagne la pauvreté signifie l'absence
de produits et par conséquent l'absence de sécurité alimentaire ;
l'intérêt accordé à la participation financière
n'est pas unique, car partout au Maroc, la partie apparente de l'approche
participative est la contribution financière des producteurs au financement de
programmes de développement rural, allant de l'adduction de l'eau potable,
l'électrification, la réhabilitation des secteurs de petite et moyenne
hydraulique, l'aménagement des sentiers ruraux, etc. Et le comble, c'est le cas
où des agriculteurs sont frappés par deux ou plusieurs types de participation
financière, au titre des actions susvisées.
Toutefois, nous étions tentés par le calcul de la
participation financière des populations au niveau d'un périmètre de mise en
valeur en bour (PMVB), tout
en sachant que la marge d'erreur est significative en raison de l'existence
d'apports non comptables mais qui sont forts déterminants pour le développement
rural. On a constaté, globalement, que la participation financière des
populations représentait 51% des dépenses globales spécifiques au cas précis de
ce PMVB. Pour le cas des plantations fruitières on a
constaté que l'Etat a fourni gratuitement les plants (8,00 dh/
plant), par contre les populations ont dépensé 60,00 dh (les travaux de main d'œuvre pour la
confection des impluviums et les travaux du sol) ; soit environ 88 % des
charges directes totales.
Jusqu'à présent, Il est admis que l'instauration d'un système de
participation financière de la population a pour finalité de s'assurer d'une
certaine durabilité des actions entamées. En d'autres termes c'est
l'implication financière des bénéficiaires qui est visée pour s'assurer de la
pertinence et de l'adoption des choix. Mais à force de vouloir obtenir cette
assurance implique implicitement
VI
Conception erronée de la participation de la femme au développement rural
La
participation de la femme au développement en général est la résultante d'un
ensemble de facteurs, humains, sociologiques, historiques, religieux,
biologiques, etc. qui règlent les rôles spécifiques aux femmes et aux hommes et
déterminent les attitudes, les coutumes et les valeurs d'une société. Pour
désigner le rôle des femmes et des hommes dans le développement la notion du
"genre" importée d'ailleurs s'est érigée en approche de société
marocaine. A ce niveau il s'est avéré légitime de se demander de quels types de
société s'agit t-il?
Le
Maroc, pays arabo-musulman où les rôles des deux sexes sont définis par la loi
divine de l'Islam, l'organisation sociale, politique, économique, etc. et les
relations horizontales qui existent entre les sphères familiales sont définies
de manière équitable. Le problème épineux est de ne pas pouvoir se conformer
aux préceptes de l'Islam en matière des droits des sexes.
Il
n'est un secret que le sous développement est la misère agissent sur la famille
avec toutes ses composantes et sans distinction de sexe. Et je peux ajouter
sans risque de se tromper que les femmes et les enfants qui subissent le plus
les effets du sous développement.
Il
serait souhaitable de ne pas continuer à spéculer avec des notions
"genre" vides de toute signification pour l'analyse de la société
marocaine. La question du développement rural est entière pour la famille.
VII
CONCLUSIONS
Au
Maroc, on peut dire de manière grossière que l'administration est en train de
se débarrasser de ses méthodes centralisées de décréter le développement rural
au profit d'une large participation des populations. Ce changement dans la
façon de faire reste en tous les cas à un stade embryonnaire.
Souvent
la partie apparente de l'approche participative est la participation financière
"coûts partagés" des populations au financement des programmes de
développement rural. Le comble, c'est le cas où des agriculteurs sont frappés
par deux ou plusieurs types de participation financière relatifs à l'adduction
de l'eau potable, l'électrification, la réhabilitation du PMH,
l'aménagement du sentier ruraux, etc.
Il
reste à ouvrir un grand chantier pour la détermination de stratégies
participatives de développement rural et leur mise en œuvre à titre
expérimental dans des espaces ruraux très réduits couvrant les zones
agro-écologiques du pays.