REVENU ET VIABILITE DES EXPLOITATIONS EN AGRICULTURE PLUVIALE AU MAROC

Mohammed BAJEDDI

Ingénieur en Chef Expert de la FAO,

de la GTZ et du PNUD


Les questions foncières ont toujours constitué une contrainte majeure pour le développement de l'agriculture marocaine. Les réalisations concrètes et de portée nationale pour améliorer les structures foncières sont négligeables si on exclut les opérations très limitées de remembrement et d'immatriculation des terres agricoles et la création du secteur de la réforme agraire.

Durant la dernière décennie l'Etat marocain a manifesté un intérêt aux problèmes liés à la diversité des modes d'accès à la terre, à l'utilisation et la conservation des ressources naturelles et la qualification de l'exploitation agricole en bour. Le débat est en cours pour élaborer une politique agricole qui s'insère dans le cadre d'une politique globale de développement rural et de développement économique et social du pays. Ces politiques clairement définies doivent nourrir un programme d'action à long terme sur le terrain dans la perspective d'une restructuration nationale de l'appareil productif compatible avec les impératifs de développement agricole.

Les problèmes du rural sont plus accentués dans les terres situées en zones bour qui regroupent plus de 90% de la population rurale et subissent le morcellement excessif et continu des terres agricoles suite aux héritages, à la pression démographique sur la terre et aux transactions immobilières, qui affectent de façon directe la production et la productivité terres agricoles. Cette situation anachronique ne permet pas de valoriser l’effort consenti par la population rurale dans les zones bour pour subvenir à ses besoins minimum d’entretien et de reproduction et assurer sa viabilité.

Conscient la gravité de la situation, l'Etat a pris quelques dispositions réglementaires en vue d’intégrer une large fraction du monde rural dans une perspective de développement rural général. A titre d’exemple, la décision du Gouvernement marocain d’intensifier ses interventions au niveau des zones bour (Loi 34-94 promulguée en 1995).

Malheureusement, depuis 1995, les réalisations en terme d’enveloppe budgétaire et de réalisations concrètes dans les zones bour sont insignifiantes. C’est pourquoi, il est souvent désolant de constater un écart flagrant entre les intentions - discours démagogues et l’action palpable sur le terrain. Le résultat en est la détérioration sans cesse du niveau de vie des populations rurales.

Sept ans après le début de la mise en oeuvre, il est temps d’évaluer objectivement l’expérience de développement des zones bour et d’ajuster les intentions avec les possibilités offertes et déclarées. Sans oublier que d'ici peu de temps le secteur agricole sera appelé à se replacer dans le cadre de la globalisation.

Le présent résumé présente un extrait du chapitre relatif à la pauvreté dans les zones d'agriculture pluviale au Maroc

I- LA PROBLEMATIQUE DE DEVELOPPEMENT RURAL DES ZONES BOUR

Les régions bour intermédiaire et défavorable se caractérisent par une agriculture traditionnelle d’autosubsistance avec des rendements et une productivité très faibles par rapport aux facteurs de production terre et main-d’œuvre, d’autant plus que les options d’introduction des nouvelles technologies (semences sélectionnées, engrais, mécanisation) sont très limitées par des facteurs climatiques (manque d’eau et faible pluviométrie), institutionnels (morcellement des exploitations, manque des programmes de remembrement, manque de crédit et de vulgarisation et faible accès au marché) et structurels (manque de stockage adéquat, de transport et de pistes rurales).

Tout ceci conduit à la marginalisation de l’agriculture pluviale associée à la pauvreté, au sous-équipement, à l’aridité et la désertification et à des conditions socio-économiques déprimantes pour le développement Ses conclusions sont le résultat d'une analyse des contraintes des zones bour que tout un chacun connaît. Comment le Gouvernement marocain a essayé de pallier à ce problème de retard technologique et préparer de nouvelles techniques adaptées ? Comment peut on envisager l'avenir des populations rurales situées en bour à la lumière de la mise en œuvre des fameuses dispositions de la globalisation?

Dans tous les cas le temps presse et les prémisses d'une décision politique doivent connaître le jour et être soumises aux intéressés qui ne sont autres que 90% de la population rurale.

Le monde rural en général et les zones bour en particulier, connaissent des seuils de pauvreté alarmants. Une estimation du seuil de pauvreté, établi pour 1998/99 à 3 922 DH/personne/an en milieu urbain et à 3 037 DH/personne/an en milieu rural.

La détermination de ce seuil est basée sur l'estimation des dépenses alimentaires et non alimentaires. Pour les premières, il s’agit du coût d'un panier des biens alimentaires qui garantit le niveau d'énergie nutritive de 2000 Kilo-calories (soit 2 400 Kilo-calories pour un adulte). On définit ainsi le seuil de pauvreté alimentaire qui s'élève, en 1998, à 1 962 DH/personne/an dans les villes et à 1 878 DH/pers./an dans les campagnes. Le reste, ou la différence, correspond aux dépenses non alimentaires qui font partie du seuil de pauvreté. Les coefficients budgétaires alimentaires ont été estimés à 50.04% en milieu urbain et à 61.87% en milieu rural.

Selon cette méthode, le taux de pauvreté au Maroc a été estimé pour l'ensemble du pays à 19% pour 1998/99 (12,0% pour l'urbain et 27,2% pour le rural).

Malheureusement, il n'a pas été possible d'avoir des chiffres sur la pauvreté dans les zones d'agriculture pluviale. Les résultats de notre enquête nationale permettent d'apporter des informations dans ce domaine.

En conséquence on peut qualifier le secteur bour par :

bullet

  une agriculture de subsistance. Les politiques et les actions qu'il faut dans ce cas sont des politiques sociales et focalisées de lutte contre la pauvreté ;

bullet

  une agriculture stationnaire, mais avec un potentiel productif. La sortie de cette impasse exige des politiques ciblées pour donner une plus grande efficacité en termes de développement rural. Des subventions généralisées sans focalisation de bénéficiaires sont assez coûteuses et ne peuvent qu'aggraver la pauvreté dans les milieux lésés et avantager les agriculteurs aisés ;

bullet

  une agriculture qui marginalise de larges couches rurales. Les subventions de l'Etat sont absorbées par les grandes et moyennes exploitations. Ces exploitants ont atteint un niveau de productivité, de mécanisation et d'efficience de travail, tel qu'ils peuvent se passer des conseils techniques des DPA et des CT.

 La pression sur la terre est très grande et elle n'est pas de nature à améliorer la productivité des terres. Ce qui implique, entre autre, la libération d'une force de travail sous exploitée dans le secteur agricole. Cette libération a constitué une forme d'intégration de l'agriculture dans le processus de développement dans les pays actuellement développés.

Effectivement, le redéploiement de la force de travail a permis aux pays actuellement avancés de développer une industrie.

Au Maroc, en l'absence d'une industrie capable d'absorber la force de travail libérée de l'agriculture, c'est le capital international qui dirige selon ses intérêts l'élévation du niveau des forces productives.

En face des puissances capitalistes, le Maroc n'a guère de possibilités indépendantes et aussi longtemps qu'il est contraint d'utiliser la technologie étrangère, il aura besoin d'accroître sans cesse le volume de ses échanges extérieurs. Ceci implique le déplacement du surplus réalisé dans l'agriculture vers les pays développés et parallèlement la création de débouché pour leurs imputs industriels.

Devant cette situation, la force de travail libérée du secteur agricole ne peut que subir trois voies : l'immigration vers les villes, ou détournée vers les branches d'activités dominées par le capital international, ou finalement en l'absence d'industrie nationale elle subit tout simplement la dégradation totale et le chômage.

II APPROCHE ET CONCEPT DU REVENU ET DE LA VIABILITE DES EXPLOITATIONS AGRICOLES SITUEES EN BOUR

A- Ambiguïté de la notion du revenu agricole.

Il importe d'avancer d'emblée que la notion du revenu couvre plusieurs situations, car la baisse ou la hausse du revenu agricole n'est pas absolue mais relative aux revenus des autres secteurs de l'économie nationale. Le déclin de ce revenu s'explique par les prélèvements des intermédiaires, l'augmentation du prix des intrants et des imputs industriels, qui réduisent le revenu net. D'autre part, une récolte abondante, en raison de la baisse des prix par le jeu de l'offre et de la demande, affecte le revenu. Les mesures de soutien direct du revenu agricole risquent d'aboutir à des résultats décevants si d'autres interventions visant à revoir les structures agricoles n'ont pas eu lieu.

Un autre fait saillant, est que tous les Etats sont intervenus, à un certain moment, par des politiques de revenu pour promouvoir l'amélioration de la production ou pour corriger la répartition du revenu.

Dans ce travail, nous avons considéré le revenu agricole moyen pondéré en sec comme étant le résultat global moyen de toutes les exploitations agricoles polyvalentes situées dans une zone homogène et utilisant parfois l'eau pour des irrigations d'appoint, de manière très aléatoire en fonction des conditions climatiques et sur des superficies très réduites.

B- Approche régionale du revenu agricole

L'objectif recherché est de déterminer le revenu agricole et le seuil de pauvreté dans une zone agro-écologique dite "zone homogène", dans laquelle tous les facteurs intrinsèques et extrinsèques sont censés être les mêmes. Ceci implique que les potentialités de productions sont supposées être uniformes. De ce fait, la différence entre les résultats réalisés par les exploitations au niveau de chaque zone provient uniquement de l'utilisation des facteurs et des moyens de production, décrite souvent comme étant "l'efficience technique".

A cet effet, on a procédé sur la base de critères au découpage du territoire agricole national bour en 121 zones agro-écologiques homogènes.

La méthode analytique conçue pour la délimitation des zones agro-écologiques homogènes repose donc sur le classement des sols en fonction des similitudes des trois facteurs écologiques majeurs (climat, relief et type de sol).

III RESULTATS DES ENQUETES

C- Faiblesse du revenu dans les zones agricoles bour

Le revenu moyen pondéré dans les zones bour s'élève à 2.999,53 dh/ha/ an variant de 93,10 à 14.421,09 dh/ha/an selon les régions.

En se basant sur les résultats du Recensement Général de l'Agriculture de 1996 qui a calculé la superficie moyenne par exploitation à l'échelle nationale à 6,1 ha; et considérons le revenu agricole moyen pondéré tel qu'il est calculé au niveau de tout le bour national dans le cadre de la présente étude et qui est fixé à 2.999,53 dh/ha/an et compte tenu de la taille de la famille dans une exploitation agricole qui est de six personnes, on peut déduire que à l'échelle nationale du bour :

bulletLe revenu agricole moyen par exploitation est de 18.113,52 dh/an ;

bulletLe revenu par personne est de 3.018,92 dh/an ;

bulletLe revenu journalier par personne est de 0,91 $US par jour ;

Il ressort que le revenu agricole moyen en zone bour est en deçà du seuil de pauvreté qui est de 3.037,00 dh/personne/an. Le problème prend toute une dimension dramatique si l'on considère que cette moyenne nationale cache des réalités dues aux disparités apparentes dans la distribution de la terre et du revenu. Ainsi en se basant sur les résultats de nos enquêtes nous constatons que 70% des exploitations dégagent un revenu annuel par personne inférieur à 0,75 $US. Même pas de quoi survenir au pain et thé quotidiens!

D- Supériorité du revenu sur les terres fertiles et arrosées

Classement des régions en fonction du revenu agricole moyen (dh/ha/an)

Ordre

Région

RA Moyen

 

En principe, le revenu agricole est élevé dans les zones favorables du point de vue climat, relief et sol. Mais, les résultats de l'enquête SME ne permettent pas d'établir de façon catégorique et systématique que le revenu est élevé dans les zones homogènes situées dans les régions favorables. Car, on note que, partout au Maroc il existe une stratification géographique des différentes régions agricoles en fonction des caractéristiques de potentialités agricoles dominantes. Cela signifie, qu'on peut trouver des zones homogènes à faible revenu dans des zones dites favorables et inversement.

Pour cerner davantage la relation entre le revenu et la situation géographique, nous avons procédé à un calcul très grossier du revenu agricole moyen pondéré par Province ou Wilaya, sachant que cette moyenne est utilisée pour amplifier toutes les caractéristiques secondaires au profit des principales tendances.

Globalement, la stratification des régions selon le revenu moyen pondéré confirme clairement le niveau des potentialités agricoles reconnu à chaque région du Maroc.

1

MEKNES

6,064.59

2

EL JADIDA

5,810.63

3

BEN SLIMANE

4,882.22

4

FES

4,862.28

5

RABAT/SALE/TEMARA

4,263.40

6

TANGER

3,905.84

7

CASABLANCA

3,838.98

8

MARRAKECH

3,829.82

9

AGADIR

3,476.00

10

KHOURIBGA

3,374.81

11

KHEMISSET

3,350.32

12

BOULEMANE

3,222.41

13

SETTAT

3,213.43

14

BENI MELLAL

3,095.80

15

AZILAL

3,041.27

16

SIDI KACEM

2,890.86

17

TAOUNATE

2,744.87

18

SAFI

2,621.21

19

EL KELAA

2,519.46

20

TAZA

2,497.31

21

TETOUAN

2,230.30

22

NADOR

2,053.78

23

CHEFCHAOUENE

2,043.56

24

IFRANE

1,643.20

25

OUJDA

1,581.15

26

AL HOCEIMA

1,531.15

27

KHENIFRA

1,499.83

28

TIZNIT

1,250.89

29

ESSAOUIRA

946.69

E- Supériorité de l'intensité du revenu agricole dans les petites exploitations

Le revenu agricole moyen national dh/ha/an

Taille (ha)

RA Moyen national

0 - 5

4.257,85

5 - 10

3.324,47

10 - 20

2.877,20

20 - 50

2.533,26

50 et +

2.660,08

Globalement, le revenu agricole moyen à l'hectare est inversement proportionnel à la taille des exploitations.

Toutefois, cette supériorité de la petite sur la grande exploitation n'est pas absolue au niveau de toutes les zones homogènes. Le revenu agricole varie d’une zone à l’autre en fonction des conditions agro-écologiques; ce qui montre la grande disparité dans la formation du revenu d’un espace agricole à l’autre. Cet enseignement est fort important pour les structures chargées de développement agricole pour initier des programmes spécifiques à chaque cas de figure.

En conséquence, on peut conclure que nos résultats confirment bien la supériorité de la petite par rapport à la grande en ce qui concerne le revenu agricole moyen par hectare de polyculture-élevage. Ceci implique que, ces notions de taille de l'exploitation ont une signification très limitée si l'on ne tient pas compte du mode de production et des capitaux investis.

Aussi, cette supériorité de la petite sur la grande exploitation si elle constitue une règle générale elle n'est non plus absolue (concerne seulement 70% des cas), car dans plusieurs zones agro-écologiques cette supériorité n'est pas établie.

Enfin, il y a lieu de signaler que toutes les études relatent la supériorité de la petite propriété sans toutefois décrire les conditions de travail pénibles de l'exploitant et de sa famille pour éviter d'être constamment évincé par la grande exploitation agricole. Ceci implique que dans la petite propriété assurer la subsistance passe inéluctablement par l'exploitation à outrance de leur force de travail.

F- Prédominance de la production végétale dans la formation du revenu

Globalement la production végétale contribue à raison de 59,24% du revenu agricole contre 40,76% pour la production animale.

Concernant la vocation agricole des régions, on constate que:

bulletdans 44,8% des régions, toutes les zones homogènes sont marquées par la prédominance de la production végétale; il s'agit de Tiznit, Tanger, Safi, Casa, Al Hoceima, Nador, Marrakech, Sidi Kacem, Settat, Beni Mellel, Chefchaouene, Taounate et Meknès.

bulletdans 10,3% des régions, toutes les zones homogènes se distinguent par la prédominance de la production animale; il s'agit de Azilal, El Kalâa et Kouribga.

bulletdans 44,9 % des régions, on trouve à la fois des zones à prédominance de la production végétale et d'autres à prédominance de la production animale. Il s'agit de El Jadida, Essaouira, Fes, Oujda, Ben Slimane, Rabat Salé Temara, Agadir, Khénifra, Taza Khémisset, Boulemane, Ifren et Tétouan.

Néanmoins, cette évaluation en terme de contribution à la formation du revenu, n'est en rien le signe ni d'une spécialisation des exploitations ni de la dominance de l'une des spéculations végétale ou animale par rapport à l'autre. A l'inverse, l'existence de ces deux spéculations rend compte à la fois des besoins manifestes des exploitations pour assurer leur pérennité et tirer profit de toutes les conditions du milieu environnant.

Les différences constatées prennent alors un tout autre caractère puisqu'elles ne sont que différence de moyen de production en premier lieu et des conditions du milieu en second.

IV- SOMBRE DIAGNOSTIC DE LA PAUVRETE DANS LES ZONES BOUR

G- Redéfinition du seuil de pauvreté dans les zones bour

La notion de pauvreté doit être actualisée en fonction des données réelles du terrain et des possibilités permises pour renverser les tendances.

Les données actuelles vont vers une utilisation de moins en moins des enfants pour les travaux agricoles et leur orientation vers la scolarisation obligatoire. Et le travail des parents devra en conséquences assurer les besoins de la famille.

En tenant compte de ces éléments, le travail agricole devra assurer un salaire minimum garantie d'au moins 2 SMAG (femme et homme); soit un revenu annuel de 27.720,00 dh/foyer et par an.

Cela implique qu'une exploitation agricole doit avoir au minimum une superficie qu'on va appeler "Superficie Minimum d'Exploitation" (SME) qui pourra permettre de réaliser un revenu minimum de 27.720,00dh./an.

En conséquence, la SME est calculée par la formule suivante:

 

SME = (Ha)

27.720,00 dh

-----------------------

Revenu agricole dh/ha

Les composantes entrant dans le calcul de la SME (SMAG & revenu agricole) posent problème :

bulletLe SMAG peut varier à la hausse, à tout moment, sous la pression des revendications syndicales et de la conjoncture politique ;

bulletLe salaire agricole varie dans le temps et dans l'espace en fonction de l'offre et de la demande (l'activité agricole et son intensité). De ce fait, le SMAG est un mythe pour la paysannerie; car le salaire en agriculture obéit à la loi de l'offre et de la demande. Le SMAG est souvent dépassé ;

bulletParallèlement le revenu agricole reste un "fluctuant", car c'est la résultante d'une activité aléatoire au même titre que le climat. Mais son calcul sur une période relativement longue peut atténuer l'effet des fluctuations saisonnières et aboutir in fine à des résultats relativement stables. En tout cas plus stables que le SMAG.

H- Des conditions difficiles pour assurer la viabilité dans les zones bour

Les résultats de nos enquêtes montrent que pour assurer la viabilité des familles dans les zones bour, il faut au moins une SME de :

Régions SME Ha  

Il ressort que la SME varie de 4,99 ha à El Jadida à 30,96 ha à Essaouira. Ce classement permet, en outre, d'apprécier globalement le niveau de productivité de chaque région, quoique la SME, à l'image du revenu agricole, soit fonction de plusieurs facteurs à la fois physiques, socio-économiques, historiques, etc.

Dans les 121 zones homogènes couvrant le bour, la SME d'une propriété agricole située en sec varie de 3,33 ha à 40,83 ha en fonction des conditions agro-écologiques. Les données montrent que la S.M.E. est la résultante d'un ensemble de facteurs très hétérogènes, et par conséquent, on peut réaliser des revenus très proches dans des zones différentes voire même très éloignées. On note aussi un écart de SME entre les zones de la même région.

EL JADIDA 4,99  
FES 5,86  
BEN SLIMANE 6,10  
MEKNES 6,24  
RABAT-SALE-TEMARA 7,02  
TANGER 7,22  
MARRAKECH 7,60  
SETTAT 7,67  
CASABLANCA 7,73  
AGADIR 8,00  
KHOURIBGA 8,81  
KHEMISSET 9,05  
AZILAL 9,56  
SIDI KACEM 9,79  
BENI MELLAL 10,14  
TAOUNATE 10,46  
TAZA 11,27  
SAFI 11,30  
EL KELAA 12,11  
BOULEMANE 12,79  
TETOUAN 13,43  
CHEFCHAOUENE 13,76  
KHENIFRA 16,67  
IFRANE 17,15  
NADOR 17,95  
OUJDA 18,28  
AL HOCEIMA 18,38  
TIZNIT 22,82  
ESSAOUIRA 30,96  

I- Une pauvreté qui touche 62 à 99,5 % des exploitations

L'importance des exploitations pauvres dont le revenu annuel est inférieur à la rémunération du chef de foyer et de sa femme, sur la base du SMAG se présente ainsi qu'il suit :

Régions

% exploitations pauvres

 

La fraction d'exploitations dont la SAU est inférieure à la S.M.E. varie de 58% à Marrakech à 99,5% à Tiznit. Globalement, c'est dans les régions où les conditions climatiques sont défavorables et la terre est rare que la S.M.E. est élevée et le nombre d'exploitations dont la superficie ne peut assurer la viabilité est plus important.

La situation des zones montagneuses et de piémont sont catastrophiques.

Ceci revient à conclure que la quasi majorité des exploitations agricoles en bour ne sont pas viables. Les dispositions notamment du Code des Investissements Agricoles (1969) pour limiter le morcellement des terres à 5 ha en irrigué ont été nées mortes, car un comportement de fait continue de s'opérer dans les grands périmètres d'irrigation où le morcellement est censé être interdit depuis 1969 (CIA).

Dans le cas des périmètres de Errachidia et Ouarzazate, aux observations précitées s'ajoute le fait que respectivement 96,3% et 96,9% des exploitations aient moins de 5 ha, ce qui se traduira par un blocage de toute opération foncière.

Les agriculteurs à court de moyens pour assurer leur subsistance s'attachent à leurs terres et origines pour survivre.

EL JADIDA

70,60

 
FES

62,00

 
BEN SLIMANE

66,14

 
MEKNES

62,00

 
RABAT-SALE-TEMARA

75,00

 
TANGER

81,50

 
MARRAKECH

58,00

 
SETTAT

59,77

 
CASABLANCA

80,00

 
AGADIR

88,00

 
KHOURIBGA

75,54

 
KHEMISSET

75,00

 
AZILAL

91,06

 
SIDI KACEM

91,50

 
BENI MELLAL

86,32

 
TAOUNATE

92,50

 
TAZA

88,70

 
SAFI

81,27

 
EL KELAA

77,54

 
BOULEMANE

92,10

 
TETOUAN

97,00

 
CHEFCHAOUENE

97,50

 
KHENIFRA

88,97

 
IFRANE

88,60

 
NADOR

95,30

 
OUJDA

91,73

 
AL HOCEIMA

96,62

 
TIZNIT

99,50

 
ESSAOUIRA

98,64

 

J- Un revenu non agricole inestimable qui contribue à coup sur à la subsistance des populations pauvres

Dans les zones aride, on note une fraction très importante de la population qui immigre vers les villes avoisinantes ou éloignées et parfois vers l'étranger -quitte à ce qu'elle subit le calvaire des pateras et de la clandestinité- pour chercher un gain pain.

Ce revenu multiple et est très important pour les familles pauvres en zones arides.

V- SCENARII POUR SORTIR LES ZONES BOUR DE L'IMPASSE

La pression sur la terre a atteint son summum, l'exploitation anarchique est étendue depuis longtemps sur les terres marginales. Que faire pour sortir 75% de la population rurale de l'impasse?

Les voies de développement agricoles sont connues :

bulletAccès à la technologie ;

bulletQualification et gestion des ressources humaines ;

bulletFormation / Information /Organisation

K- Les tendances du politique agricole actuelle

Nonobstant la question de savoir si effectivement notre pays dispose ou non d'une politique agricole claire et déclarée, car ce débat peut nous entraîner dans des considérations politiciennes très étroites et conjoncturelles, on est par contre en mesure de dire sans risque de se tromper que tous les indicateurs sur le terrain laissent conclure que :

bulletLe secteur agricole s'oriente directement vers une catastrophe ;

bulletLes pouvoirs publics ne savent plus à quel saint s'adresser ;

bulletLes opportunistes continuent d'exploiter en leur faveur une situation floue et non avenir pour l'enrichissement illicite et ce au nom de développement du monde rural ;

bulletEn somme, le secteur agricole est agonisant.

Que faire?

Il faut AGIR !

L- Paquet technologique.

Le problème rencontré au Maroc, c'est l'absence manifeste de paquets technologiques adaptées à chaque région agro-écologique ajouté à des lacunes pour faire connaître les techniques développées et les rendre accessibles aux agriculteurs.

Pour développer le secteur agricole, il est nécessaire d'améliorer la productivité grâce à :

bulletune révision radicale des systèmes d'irrigation en place. A titre d'exemple le système d'irrigation gravitaire est souvent incompatible avec l'économie de l'eau et l'augmentation de la productivité. La transformation de ce système est de nature à éradiquer le gaspillage d'eau et à étendre les superficies irriguées. Un autre exemple, dans les zones de petite irrigation le gaspillage de l'eau est très grande et les investissements nécessaires pour pallier à cette perte d'eau est cinq fois moins que dans les grands périmètres d'irrigation.

bulletdes variétés végétales à meilleurs rendements adaptées à chaque région ;

bulletdes technologies de production telles que l'amélioration des systèmes d'irrigation et la protection des végétaux ;

bulletun accès fiable, en temps opportun et à un coût raisonnable, aux intrants agricoles adéquats ;

bulletde solides services de vulgarisation et une assistance technique suffisante ;

bulletune amélioration des infrastructures socio-éducatives rurales et des marchés.

La recherche agricole et les améliorations technologiques sont déterminantes pour accroître la productivité agricole ainsi que la rémunération de la population rurale.

M- Un meilleur service public agricole local

En l'état actuel des choses quand on travaille sur le terrain on a l'impression que les populations rurales subissent leur sort et ne bénéficient concrètement pas de l'assistance technique et financière qui relève des prérogatives du ministère de l'agriculture. Mis à part quelques actions de vulgarisation ponctuelles et sans commun accord avec les besoins réels du terrain, tout le travail du ministère de l'agriculture et le tapage médiatique qui s'en suit reste prisonnier dans les bureaux à l'échelle centrale ou provinciale. La raison en est, entre autre, l'absence de dispositif d'intervention à l'échelle locale et la pléthore des entités administratives relevant du ministère de l'agriculture à l'échelle provinciale.

N- La formation et l'information

A mon avis la meilleure chose réalisée par le Maroc depuis l'indépendance est la formation des cadres. Mais l'erreur commise c'est de ne pas donner à ces cadres une chance pour mettre en œuvre leurs connaissances au service du développement du pays.

Malgré la qualité de la formation des cadres, l'état a continué à gérer les affaires publiques avec les mêmes têtes les mêmes mentalités dans un cadre anarchique : absence d'objectifs, absence d'évaluation, le manque d'outil pour le contrôle de la gestion des deniers publics.

Quand on voit de près l'intensité de l'implication des institutions nationales ou internationales au travers les projets sur le terrain, les budgets réservés à ces projets, le nombre de visites qu'effectuent des experts internationaux au Maroc, le nombre de stages de formation et de missions effectués à l'étranger par les responsables et les cadres nationaux, etc on se demandais si effectivement notre pays tirait profit de ce ballet de va et vient effectué sur le compte de la collectivité national (trésor ou des emprunts)?

A mes connaissances ce gaspillage d'énergie et d'argent sert à accumuler des rapports souvent auto calqués dans des tavernes d'Ali Baba.

Pour l'agriculteur le plus aisé du pays, qui bénéficie de toute la générosité de l'Etat peut à premier coup vous dire que c'est une perte sèche pour l'Etat.

Pour l'agriculteur ordinaire "Allah oumma hada mounkar" c'est une dépense qui n'a rien apporté pour lui.

Voilà le genre de problèmes qui sont faciles à résoudre et qui peuvent aider à économiser de l'argent et à développer l'agriculture.

VI- CONCLUSIONS

Les problèmes du monde rural sont connus, les tendances de l'économie mondiale sont claires, leurs impacts sur le développement économique et social général du pays sont évidents; ce qui manque le plus c'est L'ACTION LOCALE, CONCERTEE ET PALBAPLE SUR LE TERRAIN.

Actuellement, on est étonné de voir sur le papier une multitude de programmes d'action riches par la multiplicité de projets, de sources de financement, des intervenants, des moyens mis à la disposition des services techniques, etc. pour, malheureusement, des actions sans commun accord sur le terrain???

C'est du gaspillage pur et simple d'énergie et de temps compliquant sans cesse la situation dans le milieu rural.

Tout le retard enregistré actuellement en terme de développement et de mise en œuvre de solutions adéquates implique inéluctablement l'enfoncement du Maroc dans le sous développement.

Pour plus de détail

 

[Haut de page]

 

 
 
 
 
Tel. +212 661403064 mail. bajeddi@menara.ma